« 6 juin 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 229-230], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7736, page consultée le 05 mai 2026.
6 juin [1841], dimanche après-midi, une heure
C’est bien gentil à toi d’être venu te reposer un moment auprès de moi, mon amour,
seulement ces bonnes inspirations te prennent trop rarement et durent trop peu. Enfin
ce n’est pas le moment de pousser des hurlements plaintifs aujourd’hui, c’est déjà
bien assez quand j’ai quinze jours de sécheresse sur le
cœur. Aujourd’hui je jette mon cri de guerre : QUEL BONHEUR !!!
Vous avez un bien
beau temps malgré mes prophéties, cependant je ne me reproche pas de vous avoir fait
prendre un cabriolet parce que c’est un peu de repos que je donne à vos chers petits
pieds et une chance de rhume de moins que je vous escamote chemin faisant. Demain,
si
vous êtes raisonnable, vous me laisserez vos brodequins à raccommodera. Je suis très contente de vos
caleçonsb et sans la bévue de
Mme Pierceau
ce serait parfait. Heureusement qu’il n’y en a que trois de faits et qu’on pourra
éviter la bêtise sur les autres. Je viens d’écrire à Dabat de venir la semaine prochaine mais il faut nous laisser un
échantillon de ton gris, sans cela c’est comme si je ne faisais rien. Ces
choses-làc doivent être ou tout
à fait pareilles ou tout à fait dépareillées1.
Je suis sans un sou vaillant au point de ne pas pouvoir
envoyer Claire à vêpres faute de deux sous
pour sa chaise. Ia, ia monsire matame, il est son
sarme, je m’en fiche comme de Louis-Philippe, pourvu que tu m’aimes la richesse n’est pas le Pérou.
Baisez-moi, aimez-moi, revenez bien vite et ne me quittez pas et je tire la langue
à
tous les trésors de l’univers. Toto je vous aime, Toto je baise vos chers petits
pieds, Toto je vous désire, Toto je vous adore de toute mon âme.
Juliette
1 Le dimanche d’après exactement, le bottier viendra « avec son paquet d’échantillons dont pas un n’approche de la couleur [du] pantalon. » Juliette lui donnera donc « le pantalon tout entier à emporter afin qu’il puisse rassortir sur le gousset de derrière » en lui recommandant de « rendre le pantalon et les souliers le plus tôt possible ».
a « racommoder ».
b « calçons ».
c « chose-là ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
